Décerné chaque année depuis 2011 lors du Salon du Roman Historique de Levallois, le Prix des lecteurs de Levallois récompense un roman écrit par un auteur n’ayant pas encore été récompensé par l’un des prix littéraires majeurs. Ce Prix, organisé par La Médiathèque avec le concours de l’hebdomadaire Le Point, est doté de 2000 euros offerts par So Ouest afin d’encourager l’écrivain et soutenir sa création.

Paru lors des rentrées littéraires de septembre 2020 ou de janvier 2021, le roman francophone primé doit comporter une trame historique indéniable. Tout l’art du romancier consiste donc à équilibrer petite et grande Histoire pour que le lecteur ait bien l’impression de lire un roman tout en tournant une page de livre d’Histoire. Il n’y a aucune restriction quant à la période historique choisie par l’auteur pour y placer son intrigue, qui peut ainsi se situer de l’âge de fer jusqu’à l’orée du XXIe siècle.

Le lauréat du Prix des lecteurs de Levallois 2021

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Adrien Borne
Mémoire de soie (JC Lattès)

 

Ce 9 juin 1936, Émile a vingt ans et il part pour son service militaire. C’est la première fois qu’il quitte la magnanerie où étaient élevés les vers à soie jusqu’à la fin de la guerre. Pourtant, rien ne vient bousculer les habitudes de ses parents. Il y a juste ce livret de famille, glissé au fond de son sac avant qu’il ne prenne le car pour Montélimar.

À l’intérieur, deux prénoms. Celui de sa mère, Suzanne, et un autre, Baptistin. Ce n’est pas son père, alors qui est-ce ? Pour comprendre, il faut dévider le cocon et tirer le fil, jusqu’au premier acte de cette malédiction familiale.

Ce premier roman nous plonge au cœur d’un monde rongé par le silence. Il explore les vies empêchées et les espoirs fracassés, les tragédies intimes et la guerre qui tord le cou au merveilleux. Il raconte la mécanique de l’oubli, mais aussi l’amour, malgré tout, et la vie qui s’accommode et s’obstine.

Les autres romans de la sélection 2021

David Le Bailly
L’autre Rimbaud (L’Iconoclaste)

 

La photo est célèbre. Celle d’un premier communiant, cheveux ramenés sur le côté, regard qui défie l’objectif. Ce garçon-là s’appelle Arthur Rimbaud. Ce qu’on ignore, c’est que, sur la photo d’origine, pose à côté de lui son frère aîné, Frédéric.

Cet autre Rimbaud a été volontairement rayé de l’image, comme il a été oublié par les plus grands spécialistes du poète. Pourtant, les deux frères furent d’abord fusionnels, compagnons d’ennui dans leurs Ardennes natales, auprès d’une mère acariâtre abandonnée par son mari. Puis leurs chemins se sont séparés. L’un a été élevé au rang de génie, tandis que l’autre, conducteur de calèche vu comme un raté, fut ostracisé par sa famille, gommé de la correspondance d’Arthur et dépossédé des droits sur son œuvre.

Alors qu’on croyait tout savoir de la famille Rimbaud, il restait donc ce secret…

Héloïse Guay de Bellissen
Le dernier inventeur (Robert Laffont)

 

La grotte de Lascaux, « chapelle Sixtine de la préhistoire », a été découverte en septembre 1940 par quatre jeunes garçons qui cherchaient un trésor dans une forêt non loin du village de Montignac. Dans une France traumatisée, cet événement est plus que bienvenu, un motif de fierté, et, du jour au lendemain, les quatre jeunes « inventeurs » deviennent des héros. Parmi eux, un Parisien, Simon Coencas, 13 ans. Peu de temps après la découverte de la grotte, Simon et sa famille quittent la zone libre et regagne la capitale, désormais occupée. Et son destin bascule à nouveau, cette fois dans le drame. Les Coencas sont juifs. Le père de Simon, dénoncé par un des employés de ses magasins de prêt-à-porter, est déporté à Auschwitz. Sa femme l’y suivra. Puis c’est le tour de Simon d’être interné à Drancy…

Comment dans une même existence peut-on être considéré comme un héros de la nation, voire planétaire, et quelques mois plus tard être interné, privé de ses droits, perdre les siens et échapper de justesse à la mort ?

Évelyne Bloch-Dano
L’âme sœur (Stock)

On ne connaît pas Natalie Bauer-Lechner. Et pour cause : le nom de cette talentueuse altiste a été effacé par l’entourage de Gustav Mahler. Pourtant, c’est bien elle qui la première a cru en ce musicien qui n’avait que seize ans lorsqu’elle l’a rencontré au Conservatoire de Vienne. Jusqu’à son mariage avec Alma, elle fut sa confidente, la lectrice de ses compositions, sa compagne de randonnées… Son âme sœur. Elle a rédigé des Souvenirs, nés de ses conversations avec lui. Avant-gardiste, membre d’un quatuor de femmes réputé, elle se méfie des codes étouffants de la capitale autrichienne, qui vit pourtant son âge d’or.

Évelyne Bloch-Dano fait revivre trois personnages, un génie, une artiste et une ville, dans une époque euphorique et impitoyable que la Première Guerre mondiale balaya. Elle livre le récit d’une intimité hors normes qui a le souffle d’un roman.

Olivier Delorme
Thémistocle (H&O éditions)

Il y a 2 500 ans, dans une Athènes où la démocratie est encore en devenir et déjà en danger, un homme voue sa vie à l’enraciner. Il s’appelle Thémistocle. Stratège d’exception et premier des « grands hommes » athéniens à sortir d’une famille obscure, il est le promoteur de réformes démocratiques qui vont permettre à la cité de rayonner pour le siècle qui suit. Mais, face aux « bien nés et bien nantis », il fait figure d’élément perturbateur ; ostracisé, Thémistocle termine sa vie en exil, sans avoir jamais renoncé à prendre sa revanche.

À partir de textes antiques lacunaires, Olivier Delorme fait revivre l’Assemblée du peuple, le champ de bataille à Olympie, l’antre de la Pythie de Delphes. À travers le portrait complexe de Thémistocle, Athènes devient le théâtre d’un véritable thriller politique où l’on ne recule devant rien pour assouvir ses passions et ses haines.

Hédi Kaddour
La nuit des orateurs (Gallimard)

 

Que peut-on dire, que peut-on faire sous la tyrannie ?

Il est sénateur et avocat, il s’appelle Publius Cornelius, il a pour surnom Tacite. Autour de lui les gens tombent. Il n’est pas encore écrivain mais seule la littérature pourrait être à la hauteur des événements qu’il traverse. Sa femme, Lucretia, décide de se rendre au palais impérial pour plaider la clémence auprès d’un souverain qui tue comme on éternue. La scène est à Rome, au premier siècle, sous le règne de Domitien.

Maël Renouard 
L’historiographe du royaume (Grasset)

 

« Je fus en grâce autant qu’en disgrâce. De l’un ou l’autre état les causes me furent souvent inconnues. À l’âge de quinze ans j’avais été placé au Collège royal, dans la classe de l’aîné des princes… » Celui que le destin projette ainsi dans l’entourage du futur roi du Maroc, Hassan II, aurait tort de trop croire en son étoile. Il n’est pas sans risque d’avoir systématiquement devancé un prince au tableau d’honneur.

Attend-il d’être appelé au gouvernement ? On l’envoie en exil. Se croit-il perdu à jamais ? On le nomme historiographe du royaume, comme Racine sous Louis XIV, comme Voltaire sous Louis XV. Ce n’est pas pour déplaire à ce conseiller lettré, qui cultive une écriture d’un classicisme achevé.

Mais il a appris à redouter dans toute faveur apparente un jeu dont il serait obscurément la proie. Et qu’adviendra-t-il de sa loyauté à toute épreuve, lorsqu’une insaisissable jeune femme viendra lui murmurer les secrets des rébellions qui s’organisent clandestinement dans le royaume ?

Les précédents lauréats du Prix des lecteurs de Levallois :

  • 2021 : Adrien Borne, Mémoire de soie (JC Lattès)
  • 2020 : François Garde, Roi par effraction (Gallimard)
  • 2019 : Paul Gréveillac, Maîtres et esclaves (Gallimard)
  • 2018 : Véronique Mougin, Là où passe l’aiguille (Flammarion)
  • 2017 : Jean-François Roseau, La Chute d’Icare (Éditions de Fallois)
  • 2016 : Kéthévane Davrichewy, L’autre Joseph (Sabine Wespieser)
  • 2015 : Jean Mattern, Septembre (Gallimard)
  • 2014 : Lola Lafon, La Petite communiste qui ne souriait jamais (Actes Sud)
  • 2012 : Jean-Michel Guenassia, La Vie rêvée d’Ernesto G. (Albin Michel)
  • 2011 : Carole Martinez, Du domaine des murmures (Gallimard)