Didier Decoin, président du Salon du Roman Historique

Didier Decoin

Figure majeure du monde culturel français, Didier Decoin a 20 ans lorsqu’il publie son premier ouvrage, Le Procès de l’amour, qui sera suivi d’une quarantaine d’autres, romans et essais, dont John L’Enfer pour lequel il remporte le prix Goncourt 1977.
Afin de garantir son indépendance et « sauvegarder sa liberté d’écrivain », Didier Decoin se dote d’un second métier, celui de scénariste. Pour le cinéma et la télévision, il est ainsi l’auteur de nombreux scripts originaux ou d’adaptations. Il sera notamment distingué du prix spécial du jury au Festival de Cannes pour Hors-la-vie en 1991 et du Sept d’or du meilleur scénario pour Le Comte de Monte-Cristo en 1999.
L’œuvre littéraire et audiovisuelle de Didier Decoin est traversée par la grande et la petite Histoire. On y retrouve ainsi de grands Hommes comme Napoléon ou Balzac, des essais sur la religion, dont son Dictionnaire amoureux de la Bible, mais également La Femme de chambre du Titanic, Lewis Carroll et Alice au Pays des Merveilles (Lewis et Alice), un bourreau et sa victime dans le Londres d’après-Blitz (La Pendue de Londres), une jeune veuve pour un voyage initiatique dans le Japon médiéval (Le Bureau des jardins et des étangs)…
Président des Écrivains de Marine, membre de l’Académie de Marine, Didier Decoin a été élu à l’Académie Goncourt en 1995. Il en est aujourd’hui le Secrétaire général.

Bibliographie sélective :

  • Abraham de Brooklyn (Le Seuil, 1971)
  • John L’Enfer (Le Seuil, 1977)
  • La Femme de chambre du Titanic (Le Seuil, 1991)
  • Henri ou Henry (Stock, 2006)
  • Dictionnaire amoureux de la Bible (Plon 2009)
  • Dictionnaire amoureux des faits divers (Plon, 2014)
  • Le Bureau des jardins et des étangs (Stock, 2017)

Ce que l’Histoire m’inspire :

conversation avec Didier Decoin

 

Dimanche 11 mars, 14h

Salle des mariages

Deux questions à Didier Decoin, président du Salon du Roman Historique 2018

À quoi attribuez-vous la passion des Français pour l’Histoire, omniprésente à la fois dans les librairies et à la télévision ?

Les Français vivent en France, or la France entretient des affinités particulièrement électives avec l’Histoire. Vivre en France, c’est vivre en Histoire. Et l’Histoire, c’est notre potion magique : notre nation est tombée dedans quand elle n’était encore que la Gaule. Alors, de même que toute vraie cuisinière française a son livre de recettes qui lui permet de faire du comestible, voire du délicieux, avec à peu près n’importe quoi, leur potion magique permet aux Français de ne jamais se sentir perdus : quelles que soient les questions, parfois terribles, que leur pose l’avenir, il leur suffit de relire leur Histoire pour se rasséréner en constatant que, d’une manière ou d’une autre, ils ont déjà vécu cela – et qu’ils l’ont surmonté.

Quels sont selon vous, les ingrédients indispensables à tout bon roman historique ?

Le (bon) roman historique est une introspection sur fond de spectacle. Et de préférence de grand spectacle. Ce qui suppose de l’action, une richesse du décor, des costumes, et des figurants à foison. Mais l’ingrédient le plus important, c’est l’indiscrétion : l’Histoire, la grande Histoire, doit se montrer furieusement indiscrète, se mêler de ce qui ne la regarde pas, mettre le siège devant ces donjons de la vie privée où les héros ne demandent rien d’autre que de vivre leurs petites histoires à eux. Réussir un roman historique, c’est raconter ces irruptions choquantes, violentes, impudentes, de la politique et de la guerre dans les nids d’amour de braves gens comme vous et moi. Bien qu’à priori le roman historique ne devrait pas exister : comment concilier ces deux contraires que sont d’un côté le roman fait pour l’imaginaire, l’irréel, le chimérique, le mythique, et de l’autre l’Histoire dont l’ADN est le concret, le véridique, l’authentique ? Quoi qu’il en soit, la recette du bon roman historique est simple : il vous faut une toile de fond frissonnante, bien agitée de soubresauts, que vous garnirez généreusement de personnages qui, eux, n’aspirent au contraire qu’à une douce et savoureuse sérénité. Le reste est affaire de cuisson, c’est-à-dire de style, parce que, historique ou pas, un bon roman sera littéraire ou ne sera pas. Servez chaud, saupoudré de quelques pincées d’humour.