🗓Prochaine édition · 28 & 29 juin 2026 · Parc de la Planchette, Levallois · Entrée libre

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Portrait d'Adélaïde de Clermont-Tonnerre
Présidence · Édition 2026

Adélaïde
de Clermont-Tonnerre

« Je crois que la littérature consiste précisément à redonner une voix à ceux que nous n'entendons pas. »

Distinctions
Prix Renaudot 2025 · Grand prix de l'Académie française
Dernier roman
« Je voulais vivre » — Grasset
L'interview du mois

Entre mémoire, transmission et regard contemporain.

Romancière, journaliste, lauréate du prix Renaudot 2025 et du Grand prix du roman de l'Académie française pour Je voulais vivre, Adélaïde de Clermont-Tonnerre ouvre les portes de son univers littéraire à l'occasion de la 15ᵉ édition du Salon, les 27 et 28 juin au Parc de la Planchette.

Question 01

Pourquoi avoir accepté de présider ce Salon du Roman Historique à Levallois ?

Pour moi, c'est une promesse de conversations passionnées. L'Histoire est notre mémoire commune, mais le roman lui redonne chair, souffle et émotion. Il permet de comprendre l'histoire de façon incarnée, vivante. Ce qui m'a séduite dans ce projet, c'est justement cette volonté de faire dialoguer les époques, les auteurs et les lecteurs dans un lieu ouvert et accessible. Il y a quelque chose de très beau dans l'idée d'installer cela au Parc de la Planchette : la littérature au milieu des arbres, des familles, des promeneurs. Le roman historique ne doit pas être enfermé dans une bibliothèque poussiéreuse. Il ne doit pas être intimidant. Il appartient à tous.

Question 02

Près de 150 auteurs réunis au Parc de la Planchette, qu'est-ce que cela représente pour vous, en tant qu'écrivaine et journaliste ?

C'est une forme de fête qui amène à la réflexion, à faire une pause, à redécouvrir le plaisir de la lecture. Quand près de cent cinquante auteurs se réunissent autour de l'Histoire, cela signifie cent regards différents sur le passé, cent manières de questionner notre présent. Quand je regarde la manière dont le monde se déchire, et la façon dont les débats se durcissent, je pense que replonger dans le passé doit nous permettre de trouver des réponses, d'oser la nuance dans une société qui la rejette, d'éviter de répéter encore et encore les mêmes erreurs. Comme romancière, je sais combien l'écriture est solitaire. Alors voir ces écrivains réunis, échanger avec les lecteurs, transmettre leur passion, c'est très émouvant.

Question 03

Dans un roman historique, où se situe la frontière entre la rigueur de l'historien et la liberté du romancier ?

La rigueur historique est indispensable : elle est une forme de respect envers ceux qui nous ont précédés. Mais le romancier travaille là où l'historien doit parfois s'arrêter : dans les silences, les zones d'ombre, l'intime. Le romancier ne falsifie pas l'Histoire ; il tente de lui rendre son épaisseur humaine.

Question 04

Avec Je voulais vivre, vous avez réhabilité Milady de Winter, la grande « méchante » de Dumas. Comment avez-vous travaillé la frontière entre le personnage historique littéraire et votre propre vision ?

Milady est un personnage fascinant parce qu'elle a été condamnée avant même d'avoir pu se raconter. Alexandre Dumas lui donne une puissance extraordinaire, mais elle demeure enfermée dans le regard des hommes. J'ai voulu écouter ses silences. Comprendre ce qui, derrière la manipulation ou la violence, relevait de la survie. Je ne cherchais pas à l'innocenter, mais à lui rendre sa complexité humaine. C'est là, je crois, que le roman peut être précieux : il permet de déplacer le regard. Il invite surtout à la compréhension des êtres, à l'empathie plutôt qu'au jugement hâtif et à la condamnation.

Question 05

Réécrire Les Trois Mousquetaires du point de vue d'un personnage féminin marginalisé, est-ce aussi un acte littéraire féministe ?

Je crois que la littérature consiste précisément à redonner une voix à ceux que nous n'entendons pas. Pendant longtemps, les femmes ont été des personnages secondaires, des outils du récit, ou des faire-valoir des héros masculins. Je trouve intéressant de leur donner une autre dimension. Néanmoins, j'ai écrit ce livre pour une femme, Milady, mais je n'ai pas écrit ce livre contre les hommes. Il y a de très beaux personnages d'hommes dans Je voulais vivre, des hommes protecteurs, vaillants, compréhensifs. Alors oui, il y a une démarche féministe dans cette entreprise littéraire, mais elle relève avant tout d'un désir de justice envers cette héroïne, que d'une mise en accusation sans nuances des hommes dans leur ensemble. Mon roman est d'ailleurs dédié « À toutes celles qui nous ont précédées. À tous ceux qui les ont défendues et aimées ».

Question 06

Votre formation à l'ENS, votre carrière en finance à Mexico, votre travail à Point de Vue… Comment toutes ces vies nourrissent-elles votre écriture ?

Je crois profondément que l'imaginaire d'un écrivain se nourrit de toutes ses vies. Les études m'ont donné le goût des idées et de la rigueur. La finance, paradoxalement, m'a appris l'analyse, mais aussi le risque, le goût de construire et d'entreprendre. Mexico m'a ouverte à une autre manière de voir le monde, à la merveilleuse vitalité, à la richesse culturelle inouïe de ce pays. Quant au journalisme, il m'a offert quelque chose d'essentiel : pouvoir rencontrer des personnes exceptionnelles — artistes, écrivains, créateurs, entrepreneurs, politiques. C'est extraordinaire de pouvoir passer de longs moments avec eux, observer, écouter, comprendre sans juger ; c'est une école formidable pour une romancière.

Question 07

Un dernier mot pour donner envie d'ouvrir un roman historique ce week-end ?

Ouvrir un roman historique, c'est accepter de voyager dans le temps pour mieux comprendre ce que nous sommes aujourd'hui. Et parfois, au détour d'une page, rencontrer un personnage mort depuis des siècles qui nous connaît mieux que nos contemporains et qui éclaire notre chemin aujourd'hui.